Historique de la finance Islamique

par Zakariaa 11 Mars 2009, 17:04 Finance Islamique

            Fidèle à sa vision de la vie, la société islamique a connu l'activité économique depuis le jour où le Prophète est venu à Médine. À la communauté agraire de la «ville-État» a été ajouté un groupe d'opérateurs expérimentés de la Mecque, un grand centre de commerce interrégional. Les quatre à six premiers siècles qui ont suivi ont enregistré la poursuite de l'expansion et de prospérité. La monétisation est venue tôt, et l'interdiction de l'inégalité des échanges similaires fongibles semble avoir accéléré le processus. Les musulmans ont commencé avec de l'or de dinars byzantin et de l'argent provenant de dirhams Perse. Mais très vite ils ont pris à leur propre frappe des pièces de monnaie. L'Etat avait le monopole de la monnaie et de toute altération de leur poids ou de pureté est sévèrement punie.[1] 
            Il n'est pas étonnant que les échanges et le commerce sur la vaste étendue du monde de l'islam, y compris les parties nord de l'Afrique, Espagne, en Europe et une grande partie d'Asie, produisent certains instruments financiers primaires dont les principaux d'entre eux étaient Suftaja (lettre de change) et Sukuk (similaire à une obligation adossée à un actif).
           L'histoire récente de la finance islamique et ses institutions, a débuté au cours du dix-huitième, dix-neuvième et la première moitié du XXe siècle. La quasi-totalité du monde Musulman était colonisé par les pays Européens. Ils ont géré l'économie et les finances de ces pays dans leurs propres intérêts et à leur manière. Autres que les élites autochtones qui ont dû s'impliquer, la majorité de la population musulmane est restée loin des institutions financières. Comme la conscience nationale à la liberté, des mouvements ont vu le jour dans les pays colonisés, durant la deuxième moitié du siècle dernier, demandant la gestion de leurs affaires en fonction de leurs propres valeurs et traditions. L'Indonésie a accédé à l'indépendance en 1945 et Algérie en 1963. Entre ces deux dates, tous les pays à majorité musulmane sont devenus indépendants. Le débat, après l'indépendance, sur la gestion des intérêts économiques de ces pays, avait amené le mouvement des finances islamiques en cours.
           Alors que le nationalisme a fait une concentration des efforts sur le développement économique rapide, la religion, l'autre force de motivation en lutte pour la liberté, a fait un retour à l'islam pour se guider. Au cours des années 1940 à travers des années 1960, l'accent a été mis non pas sur les opérations bancaires et la finance au sens strict du terme, mais sur le système économique dans son ensemble. On a commencé à critiquer le capitalisme et le socialisme et demander le passage à un système basé sur des injonctions islamiques relatives à la modération dans la consommation, la justice et l'équité, ...etc. L'aide au pauvre par le Zakat[2], et interdiction de l'intérêt serait mis en évidence dans ce contexte.
           Les professionnels, les économistes ainsi que des universitaires musulmans apportent une contribution significative à la question, de sorte que dès la fin de 1960 une sorte de schéma directeur de la banque islamique est dors et déjà disponible. Des banquiers et des hommes d'affaires, de plusieurs pays musulmans, ont aussi rejoint l'équipe pour mettre l'idée en pratique. Au niveau des Etats musulmans et notamment arabes, les conditions politiques n'étaient pas favorables à ce genre d'initiative. Mais au niveau privé des initiatives pratiques ont eu plus de chance pour mobiliser les fonds nécessaires à un tel projet dans ces pays.
           Si on exclut les essais d'instauration des institutions financières islamiques, au milieu des années 40, en Malaisie[3] et au Pakistan, à la fin des années 50,[4] tentatives qui échouèrent à l'époque, la première banque islamique, de dimension modeste, il faut le souligner, fut créée la "Mit Ghamr Saving Bank" en Égypte en 1963, dans la bourgade agricole de Mit Ghamr située dans le delta du Nil. Cette initiative, engagée par un économiste local, grand admirateur dit-on du mouvement coopératif allemand du nom de Ahmed al-Naggar,[5] s'inscrivait, comme celles qui suivront, dans le paradigme de ce qui a été appelé la « théorie économique islamique ». Ce paradigme, bien que fondé sur la charia, était né au milieu du XXe siècle et formulé dans un langage économique qui se veut moderne.[6] 
            La finance islamique moderne est apparue au milieu des années 1970, après la crise pétrolière,[7] avec la création des premières grandes banques islamiques, notamment Islamic Development Bank, Dubai Islamic Bank et Albaraka Banking Group. Ces banques ont longtemps eu pour raison d'être l'émergence d'une demande latente, par le développement et la promotion de nouveaux moyens de financements en conformité avec la Charia.
            Au début des années 80, deux pays ont introduit officiellement à grande échelle les pratiques de la finance islamique : l'Iran (1983), de manière presque draconienne, le Pakistan (1979), d'une façon plus graduelle.[8] Les années d'après, les institutions financières islamiques se sont multipliées dans les pays majoritairement musulmans ; en Arabie saoudite, au Bahreïn, au Bangladesh, au Brunei, en Égypte, aux Émirats arabes unis, en Jordanie, en Malaisie, au Sénégal, au Soudan (1983) et même en Turquie où l'attachement à la laïcité, du moins au plan officiel, est bien connu, l'Irak et la Syrie.
            Aujourd'hui, les institutions financières islamiques, qui opèrent à l'intérieur des systèmes supervisés par les banques centrales des pays respectifs, ont aussi fait leur apparition dans des pays non musulmans, mais où vit une minorité musulmane relativement importante et en expansion ; au Danemark, aux États-Unis, particulièrement dans la région de Détroit et en Californie, en Grande-Bretagne, aux Philippines et aussi au Canada. À Montréal, une société islamique de financement hypothécaire fonctionne depuis 1991.[9] Certaines institutions financières islamiques ont choisi d'installer leurs sièges ou d'effectuer une partie de leurs opérations dans des places financières internationales connues pour leur respect du secret bancaire et leurs avantages fiscaux, comme les Îles Anglo-Normandes, le Luxembourg et la Suisse.[10]

[1] Prof MN Siddiqi - 15 Février 2007 – sur Finance in islam
[2]
Le troisième des piliers de l'islam : c'est un impôt obligatoire. Pour les personnes ordinaires, la Zakat est tout
     simplement l'impôt sur l'épargne. Elle correspond à 2,5 % de l'épargne du musulman si cette épargne est
     supérieure ou égale à un montant de 85 grammes
d'or, et si elle subit une révolution annuelle (en suivant le
     calendrier musulman).

[3] Abdul Gafoor, 2000, chapitre 4

[4] Quershi, 1967

[5] Mohieldin, 1997, p. 13

[6] Ahmad, 1952; Kurshid, 1980; Nazeer, 1981; Awan, 1983; Almisry, 1985; Presley et Sessions, 1994

[7] Le lien entre l’évolution du marché pétrolier et l’expansion des IFI a été vérifié a contrario dans les années

    80 où il y eut une chute des prix mondiale des hydrocarbures. Le développement des IFI s’est ralenti et
    certaines mêmes, situées dans les pays du Golfe et aussi en Égypte, durent fermer leurs portes suite,
    principalement, à un effondrement du marché immobilier (Wilson, 1991, chapitre 10; Mohieldin, 1997).

[8] Khan et Mirakhor, 1990; Anwar, 1992

[9] Vogel et Hayes, 1998, p. 22-23; Shepherd, 2000

[10] André MARTENS, CAHIER 20-2001 « La finance islamique : fondements, théorie et    réalité » Centre de
     recherche et développement en économique (C.R.D.E.) et Département de sciences
     économiques, Université de Montréal.










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commentaires
M
Salue les amis,, Suis Lamine Mané étudiant à l ISEG, en 1ere année.On nous a donné des travaux à faire ,concernant de faire des recherche sur les institutions financières au Sénégal et nous, on a ciblé la BIS. Si vous pouvez m'aider répondre a ces questions : <br /> 1):De présenter son historique ;<br /> 2):Son organisation ;<br /> 3):Ses produits;<br /> 4):Ses services ;<br /> 5):Et leurs avantages;<br /> Merci
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S
La finance islamique apporte des réponses essentielles à la crise financière mondiale. L’adoption des principes économiques prescrits par la Charia rendrait pratiquement impossible une crise financière telle que celle que connaît aujourd’hui le monde. Cependant, si la finance islamique rencontre des résistances qui s’explique par l’ignorance, l’islamophobie ou l’arrogance, il faut rappeler que la diffusion des chiffres arabes s’est initialement heurtée à l’obscurantisme avant de finalement remplacer la numérotation romaine qu’elle a surclassé en raison de sa puissance de calcul et de sa simplicité d’utilisation.Ribh
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J
La finance islamique dévoile ses charmes aux occidentaux, et ce, à cause de sa stabilité inhérente. En Effet, la finance islamique a attiré l’attention des banques des principaux centres financiers. Sa montée n’est pas le fait du hasard. C’est une conséquence directe de la crise financière et économique qui sévit actuellement. Contrairement à la finance conventionnelle qui est périodiquement frappée par des crises plus ou moins sévères, la finance islamique est maintenant considérée comme un système financier stable capable de promouvoir la croissance et la création d’emplois stables. La finance islamique exclut l’intérêt, la spéculation, le marché secondaire de la dette et se base sur les activités de production et de commerce réelles. A l’inverse de la finance conventionnelle, qui est souvent déstabilisée par les crises financières, la finance islamique est immunisée contre l’expansion du crédit non causé et la spéculation.
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J
Face aux turbulences financières, aux évolutions économiques et sociales et à la restructuration des équilibres géopolitiques, la finance islamique apparaît progressivement comme une alternative riche de promesses dans le nouveau paysage financier mondial. Estimée à environ 700 milliards de dollars d’encours, la finance islamique est un marché en pleine expansion qui croît à un rythme de près de 15% par an. En Europe, les Etats commencent à l’intégrer dans leur système financier. L’Angleterre a annoncé son objectif de devenir la première place financière islamique au monde et, en France, le ministère des Finances a affiché en juillet 2008 sa volonté de favoriser l’émergence d’une finance islamique française, en commençant par aménager l’environnement juridique de la place de Paris.
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A
D’après ce que j’ai étudié, la finance islamique est passée, à nos jours, de quatre phases que nous pouvons citer comme suit :<br />  <br /> -         La phase de la naissance pendant les années 70. Cette phase est caractérisée par une base de clientèle très faible, un nombre très réduit des banques islamiques et des  principes encore flous ;<br /> -         La phase développement pendant les années 80. Les caractéristiques principales de cette période sont ; l’innovation financière, le début de la cohérence des principes et l’extension géographique en Asie ;<br /> -         La phase croissance rapide pendant les années 90. Cette période a connue, notamment, le début du désintermédiation, l’extension du retail et le raffinage des principes de cette finance ;<br /> -         La phase de maturité à partir du début des années 2000. C’est la période d’internationalisation et de la prise de conscience en cette finance. Aussi, c’est le moment où plusieurs questions se posent sur son avenir et ses perspectives.     <br />  
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