Les obstacles de la mise en cause de la responsabilité du banquier Marocain

par Zakariaa 11 Mars 2009, 11:03 Droit des affaires au Maroc

« Obstacles d’ordre culturel »

 

Evoquer la culture marocaine, c’est parler d’une mixture de régions, d’habitudes, de dialectes, d’us et mœurs, de manières, de coutumes et même de mentalités. Malgré le caractère encore tribal (Rif, Souss, Sahra...Etc.) de cette diversité culturelle, cela n’empêche pas la réunion de celle-ci autour de certains sujets, notamment en ce qui concerne les valeurs liés à la religion (l’islam) et la problématique socioéconomique du pays. C’est, justement ce dernier sujet qui nous intéresse, car nous considérons que c’est un volet qui n’est pas statique. Il est toujours en mouvement pour la construction dynamique d’un « projet national » sur la base d’une histoire commune.

Dans le même ordre d’idée, nous pouvons dire que la culture marocaine était, depuis fort longtemps, une culture basée sur la parole. Bien que notre Saint Coran nous incite à écrire nos actes, nos ancêtres avaient toujours opté pour la transaction orale plus que écrite. Effectivement, jusqu'à un passé très proche, il n’était pas possible d’évoquer l’héritage culturel marocain, sans parler de niyya (confiance instinctive) et de kelma (sens de la parole). Cette confiance, presque naïve, que faisaient les marocains à autrui dans leurs transactions et la valeur quasi sacrée qu'ils attribuaient à la parole donnée, n’en reste que très peu à nos jours. Aujourd’hui, d’après une récente enquête publiée en marge du rapport sur le cinquantenaire et visant l’appréciation de l’évolution culturelle de nos concitoyens, les marocains sont devenus, à plus de 65%, méfiants d'emblée dans leurs relations.

Si ce constat justifie qu’une majorité de marocains se tienne sur ses gardes, cela n’exclu pas que cette méfiance est alimentée par une mentalité enracinée profondément par les préjugés et les tabous. C’est ce qui constitue un facteur de restriction d’une certaine liberté indispensable au développement de l’individu, une inhibition de l’esprit d’initiative, de créativité et par la suite un étouffement de la personnalité des personnes.

C’est en évoquant cette restriction de la liberté et cet étouffement de la personnalité, dus à la combinaison de la méfiance et des préjugés enracinés dans les mentalités, qu’on peut se poser la question comment l’aspect culturel peut constituer un obstacle dans la mise en œuvre de la responsabilité du banquier, dans les devoirs de conseil et d’information.

En réalité, la quasi-totalité des clients des banques et à l’instar de la majorité des citoyens marocains, ressentent qu’ils sont très peu impliqués dans la politique et croient qu’ils n’ont aucun rôle à jouer dans la gestion des affaires du pays. Ils sont trop peu informés et rencontrent des difficultés pour accéder à leurs droits. Aussi, ils constatent une complexité angoissante, dans les circuits et procédures judiciaires et trouvent qu’il existe un fossé entre la population et les institutions, qui, d’après eux, ne transmettent pas le message ou, quand ils le font, l’enrobent de concepts suffisamment abstraits pour le rendre incompréhensible.

Cela est dû, essentiellement, au fait que le droit Marocain est dans l’ensemble, un droit mimétique, car c’est un droit à caractère législatif et réglementaire, mais faiblement jurisprudentiel. Il se caractérise, aussi, par un décalage entre la pratique et les textes officiels. Ceci est une conséquence logique et directe du mimétisme, car la plus part des textes, copiés de la législation française, ne sont pas souvent conformes à notre réalité culturelle et sociale et nécessitent davantage de mise au point pour leur adaptation à notre contexte. 

D’un autre côté, nous savons que bien que la banque soit une entreprise de droit privé, l’idée qu’elle accomplit une mission analogue à celle du service public n’est pas à exclure de la mentalité de la majorité des marocains. Il en est de même en ce qui concerne l’exercice de la profession du banquier. Celle-ci, se caractérise par le monopole reconnu aux établissements de crédit agrées par l’état, car il est interdit à toute personne en dehors de ces établissements d’effectuer des opérations bancaires à titre habituel. Ceci laisse croire dans les esprits des marocains, que le banquier accomplit une activité presque égale à celle du service public. De ce fait, on peut dire que le rapport des citoyens avec le service public et l’administration en général est un autre facteur d’appréciation de la relation client/banque. Ce rapport, qui est aujourd’hui au plus bas niveau, car le citoyen s’en veut aux services publics et à l’administration, qui d’après lui n’œuvre pas suffisamment dans le sens de la protection des droits des consommateurs et n’encourage pas le recours à la justice pour réclamer les droits.

De tout ce qui précède, on peut conclure que les facteurs précités nourrissent la culture marocaine caractérisée par les préjugés, la méfiance et la perte de confiance en la justice. Ceci, pousse les clients des banques, souvent mal informés sur leurs droits, à voir les lois et règlements en vigueur, comme des contraintes et non comme une base du droit qui les protège contre les fautes et les abus. C’est, d’ailleurs, ce qui représente, à notre avis, un obstacle sérieux, qui entrave la mise en œuvre de la responsabilité du banquier en général et particulièrement, sa responsabilité dans les devoirs de conseil et d’information.

 

 

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commentaires
A
La culture Marocaine a plusieurs composantes; dans les grandes villes c'est la culture Arabo-Andalouse qui est dominante, et dans les régions rurales c'est toujours la culture Berbere/Arabe. Les riches aiment toujours se distinguer du reste de la population, et c'est pourquoi ils preferent adhérer a une culture qui n'est pas la leur. Cela contient: parler des langues étrangères (Français et tout récemment Anglais), s'habiller a la dernière mode, s'identifier a des personnes étrangères (artistes acteurs sportifs.. Américains, Français... ), et aussi décrire tout ce qui est conforme a la tradition Marocaine ou l'Islam comme étant primitif et "dépasse". Ils préfèrent toujours envoyer leurs enfants étudier dans des écoles privées et étrangères. Quant aux pauvres, ils sont plus attaches à la culture de base (Beldie) et a la pratique de la religion. C'est du au fait qu'ils reçoivent une éducation inférieure a celle des riches ou même inexistante et par conséquent ne peuvent pas défier des idées vielles et acceptées. <br /> La culture traditionnelle sert de base pour le Maroc. Elle contribue à l'équilibre social, géopolitique et religieux. La culture occidentale n'est vraiment qu'un moyen de se distinguer. Le critère de son assimilation est tout simplement l'argent. Car d'après mon expérience, les gens "Beldis" commencent a devenir "Roumis" quand ils deviennent riches, et vice-versa. Bien sur c'est des généralités et on trouvera des cas qui ne suivent pas mon example.<br /> Ce que je viens d'explique ci-dessus est valable pour les Marocains des villes. Ceux de la campagne suivent toujours un mode de vie Berbere/Arabe. Mais avec l'avènement des moyens de transports et de télécommunication, on commence a constater un phénomène "d'homogénéisation culturelle" ou même un habitant d'un patelin au fond de l'Atlas regarde un feuilleton Mexicain en langue Arabe et rêve lui aussi de conduire une BMW et d'avoir une blonde en silicone a ses cotes.<br /> Le problème avec notre culture tier-mondiste, c'est qu'on n'est jamais fier de ce qu'on a, et qu'on cherche toujours a devenir comme les autres, alors que eux constatent le vide de leurs cultures capitalistes et veulent venir vivre dans des pays qui ont une culture vieille comme le temps, le Maroc.
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H
Le Maroc est un pays riche, le pays de la diversité car on peut y trouver des villages où le mode de vie des habitants n'a pas beaucoup changé par rapport au passé mais aussi des villes modernes avec de grands magasins, des hôtels luxueux, des entreprises importantes, des centres commerciaux. Il dispose d'un patrimoine culturel riche et diversifié. Chaque région possède ses particularités, contribuant ainsi à la culture nationale et à l'héritage social.
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H
Je partage avec vous les jutifs que vous avez cité. Barvo à votre raisonnemet. Vous avez touché au mal de notre société.
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