Finances et Islam, concepts et principes généraux

par zakariaa 19 Janvier 2009, 21:08 Finance Islamique

L’islam est une religion monothéiste apparue dans la péninsule Arabique au viie siècle, et fondée sur la révélation du Dieu à son prophète Mohamed
(SAW) d’un texte sacré, le Coran
. Le terme arabe "Islam" signifie littéralement « se rendre », mais son sens religieux dans le Coran correspond à « répondre à la volonté ou à la loi de Dieu».

En islam le terme loi possède une signification beaucoup plus large que dans son acception laïque, car elle comprend des impératifs non seulement légaux, mais aussi religieux et moraux. La loi islamique distingue ainsi, les obligations de culte de celles régissant les relations en société.

Dans le même ordre d’idée, la finance islamique qui se veut à la fois éthique et équitable, concerne des activités bancaires et financières conformes à la loi musulmane et inspirées des principes économiques, politique et sociales de l'Islam. Cette loi appelée "Charia", définit les objectifs moraux de la communauté et correspond à la voie à suivre.

 

La Charia, le code de conduite des musulmans

La charia est définie en Islam comme une loi divine et le code de conduite des musulmans. Le premier problème qui s’est posé à la communauté musulmane, qui avait accepté de se soumettre à celle-ci, a été de la connaître et de l’expliquer. C’est pendant l’époque formative de l’islam que les divergences sur le sens à donner à la loi islamique se sont apparues. Plusieurs courants ont vu le jour et se sont transformés en écoles juridiques, sans que les différences soient fondamentales dans le contenu de la loi divine.

A – Le sens donné à la charia

La charia est un ensemble de règles de conduites applicable aux musulmans. Le terme utilisé en arabe dans le contexte religieux signifie : « chemin pour respecter la loi de Dieu». Il est d’usage de désigner en occident la charia par le terme de loi islamique (ce terme est d’ailleurs utilisé en place du droit musulman). Elle codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie du musulman, ainsi que les interactions entre les croyants. Les musulmans considèrent cet ensemble de normes comme l’émanation de la volonté de Dieu. Il est généralement admis que le niveau, l’intensité et l’étendue du pouvoir normatif de la charia varient considérablement sur les plans historiques et géographiques.

B – Les piliers de la charia

Les piliers sur lesquels repose la charia sont en nombre de quatre, qui sont :

-         le livre Saint de l’islam, Le Coran ;

-          la Sunna, les enseignements et les actes du Prophète Mohamed (SAW) et les interprétations du Coran ;

-         le Ijma, le consensus des experts religieux,

-         le Qiyas, raisonnement par analogie pour déterminer la solution d'un problème non prévu par le Coran ou la Sunna.

 

Les interdits de l’islam dans les transactions commerciales et financières

L’Islam établit des règles morales autour de l'acte commercial ou financier et généralement autour de l’ensemble des types de transactions. Ces transactions qui ne dépendent pas uniquement de la finalité de profit, ne doivent pas être interdites par la loi islamique (la charia). Toutefois, certaines pratiques peuvent dépendre, dans certaines conditions, d’un avis juridique donné par un spécialiste de la loi religieuse, appelé en arabe "fatwa". En générale, une "fatwa" est émise pour régler un problème qui n’est pas clair.

Il n’y a pas de liste exhaustive des interdictions de l’islam dans les transactions commerciales et financières. Mais les principales sont :

A – Le prêt à intérêt, considéré comme de l’usure (Riba) 

L'usure, c'est-à-dire la pratique de l'intérêt, appelée en arabe "Riba" est très fortement, et sans ambigüité, condamnée par la religion islamique. Les intérêts ou l'usure désigne, au sein d'une transaction, tout surplus ou avantage sans équivalent de service. La tradition musulmane insiste sur le caractère injuste de cette pratique. Le prêteur, placé dans une position de force par rapport à l'emprunteur s'appuie sur la difficulté de ce dernier pour s'enrichir sans fournir le moindre effort. Ceci est aussi loin que possible de la justice, la fraternité et la générosité qui présentent des principes fondamentaux de l'Islam.

Cette interdiction, qui a ouvert le plus de débat, ne concerne pas seulement l’usure au sens usuel que nous connaissons du terme, mais aussi de l’application à toute transaction un taux d’intérêt prédéterminé et fixe. Donc le "Riba" touche l’interdiction simultanée de l’usure proprement dite et de l’intérêt au sens conventionnel du terme.

La prohibition du Riba, plus particulièrement dans sa dimension d’usure, comme nous l’entendons, est inscrite dans plusieurs textes du livre saint de l’Islam "le Coran". Aussi sa prohibition, dans sa dimension d’intérêt, nous la trouvons dans certains "hadiths".  

Ainsi, certains hadiths donnent plus de détail sur la prohibition de l’intérêt usuraire. Ces détails plus ciblés sont illustrés par ce qui suit. 

D'après Abou Said al khoudri, le prophète a dit : «or contre or, argent contre argent, orge contre orge, dattes contre dattes, sel contre sel, égalité contre égalité, main à main, celui qui reçoit plus, pratique l'usure, qu'il soit donnant ou prenant ».

D'après Omar Ibn Khattab le prophète a dit :

« Or contre or constitue usure sauf en cas de "tiens tiens'' (livraison simultanée), blé contre blé constitue usure, sauf en cas de "tiens tiens", dattes contre dattes constitue usure sauf en cas de "'tiens tiens".

 Il s'agit là de six articles qui ont été énumérés par le prophète et qui sont soit des métaux précieux, soit des produits de consommation.

L'école DAHIRITE, considère que l'interdiction ne s'applique qu'aux articles énoncés par le prophète. Mais les autres imams des rites orthodoxes (Abou Hanifa et Ibn Hanbel), considèrent que les choses énumérées par le prophète, ne sont que des spécimens, et que l'interdiction doit s'étendre à d'autres produits qui leurs sont analogues, en l'occurrence, la monnaie et les denrées alimentaires.

C'est ainsi que d'après Ahmed Ibn Hanbel et Abou Hanifa, l'or et l'argent sont considérés comme des exemples de ce qui se pèse. Par conséquent, tout ce qui se pèse peut être considéré comme usuraire, en particulier le plomb, le fer, le cuivre et en général les métaux qui ne sont pas précieux mais qui se pèsent. Par contre Malik et Chaafii, les considèrent comme usuraires, en raison de leur finalité ou raison d'être, vu qu’ils peuvent être comme moyen d’évaluation. Donc, pour Malik et Chaafii le caractère usuraire, ne s'étend pas à d'autres métaux comme le fer, le plomb, parce qu'ils ne sont pas un étalon des prix.

En ce qui concerne le blé, l'orge, les dattes et le sel, l'Imam Ahmed et Abou Hanifa, les considèrent comme des exemples de ce qui est pesé. C’est ainsi, d’après Inbou Alkayim, qu’ils étendent le caractère usuraire à tout ce qui est susceptible d'être pesé.

De ce qui précède, on remarque les divergences des avis entre les différentes tendances, et ce, par manque de hadith qui détermine clairement la prohibition de l’usure.

Par ailleurs, il est nécessaire de signaler que l'Islam est la seule religion à avoir gardé l'interdiction de l'usure, alors qu'elle était également présente dans le judaïsme et le christianisme. L'islam n'a en quelque sorte pas eu sa révolution protestante (calviniste) et reste par conséquent dans une dimension très normative.

B- La tromperie (Al-Gharar)

Al-Gharar ou transaction dans laquelle il y a tromperie ou ignorance sur l'objet du contrat. La vente 'Gharar' est celle dont on ne sait pas si l'objet existe ou non, ou on ne connaît pas quelle est sa quantité ou s'il sera possible de la livrer ou non.
Tout comme l'usure, l'Islam condamne toute tromperie, pari sur l'avenir, thésaurisation et interdit les transactions faisant intervenir les risques, les jeux de hasard et les incertitudes extrêmes. Al-gharar veut dire aussi toute transaction comportant un flou ou un aléa.

En général, Al-Gharar reprend les activités qui ont un élément d'incertitude, d'ambiguïté ou de déception. Dans un échange commercial, il se réfère à un mensonge ou à une ignorance sur l'objet du contrat (l'incertitude sur les matières, le prix des matières). Le ‘gharar' est considéré comme normal dans une transaction s'il n'est pas excessif et si son impact sur l'économie ou la société est minimal.

C- Le jeu de hasard (Al-Maysir)

Le jeu de hasard (Al-Maysir) ou toute forme d’arrangement entre parties où le droit des contractants dépend d’un événement aléatoire. C’est notamment ce principe que l’on retrouve dans les jeux de hasard et les paris avec mise. Cette pratique est interdite car elle divertit les individus d’activités productives et favorise éventuellement l’accumulation de richesses sans effort. Il est aussi considéré comme immoral que l’un fasse un profit au détriment d’un autre.

D- Les activités illicites (Haram) 

L’investissement dans des projets relatifs à des transactions illicites pour les musulmans, appelées en arabe "Haram", est strictement interdit. Parmi les choses intrinsèquement illicites en islam on trouve, la prostitution, les casinos, les jeux, le porc et cochon, les animaux carnivores, la drogue (tous types), l’alcool et les vins et en général toute chose nuisant fortement à la santé ou tuant son consommateur.

E- Autres interdits dans la relation commerciale et financière

- (Al Ikrah), c'est-à-dire la contrainte, par exemple le fait d'imposer un contrat ou une condition dont l’autre partie est obligé, sous contrainte quelconque, à y soumettre;

- (Al Ihtikar), c'est-à-dire le monopole des biens et services essentiels en vue de relever les prix ;

- (Al Bay al-mudtarr), c'est-à-dire l'exploitation de la nécessité, par exemple en faisant payer un prix exorbitant à un acheteur qui a un besoin urgent ;

- (Najsh), c'est-à-dire augmenter les prix par la manipulation de fausses enchères.

 

 



 Le livre saint de la religion musulmane

 Source : Encarta –msn

Armando Salvatore, « La Sharī'a moderne en quête de droit : raison transcendante, méta norme publique et
   système juridique », Droit et société n° 39, 1998, p. 293-316.

L'intérêt est la somme que le débiteur paie au créancier en rémunération de l'usage de
      l'argent prêté, selon le petit Larousse.

   L’usure quant à elle est Intérêt perçu au-delà du taux licite, Délit commis par celui qui 

      prête de l'argent à un taux d'intérêt excessif, selon le petit Larousse.

Les banquiers des pays musulmans, qui continuent à fonctionner selon les règles bancaires occidentales, et ils
   sont nombreux, font toutefois la distinction de nature laïque, que l’on trouve dans la langue arabe, entre Riba,
   ici  l’usure en tant que telle, et «Kaida», qui est l’intérêt de type conventionnel (Henni, 1984, p. 161 et 359).

  Voir les versets du coran qui interdisent le Riba, en Annexe I.

  Dires et actes attribués au Prophète (SAW) formant la sounna ou tradition qu’est l’une des piliers de la loi
    islamique.

Sahih Mouslim, tome V, page 44.

Sahih Al-Boukhari, tome III, page 68.

Ibn Houbaïra dans son livre «Al Ifsah Ani Al-Maani Assihah», page 170.

Ibn Jarir Attabari dans  «Jamii Al bayane », tome III, page 70.

Ibnou Rochd dans  «Bidayat Al-moujtahid», tome II, page 78.

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commentaires
P
J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter. <br /> Cordialement
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A
<br /> La finance islamique ne se base pas seulement sur le profit, mais également sur le principe de solidarité. La notion de risque y est très importante. Toutes les parties d’une transaction doivent en partager les risques, c'est-à-dire non seulement les bénéfices mais aussi les pertes éventuelles. A mon avis, c’est ce qui représente le point le plus fort de cette finance. <br /> A cela s’ajoute les bienfaits d’autres principes de cette finance qui stipulent que les échanges doivent absolument être tangibles et les transactions ne peuvent évidemment concerner les activités illicites contraires à la Charia.<br /> Ceci ne veut pas dire que la finance islamique est parfaite et qu’elle est prête à résoudre tous les maux de la finance classique qu’en est entrain de vivre. La FI souffre, elle aussi, d’une multitude d’handicapes notamment en ce qui concerne la standardisation de la réglementation et l’homologation des définitions et du langage.
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